Empreintes spectrales
Trois atmosphères, trois espaces hantés, où chaque œuvre se confronte à l’invisible et à la mémoire-archive. Cette exposition tisse un lien entre mémoire et temps, entre vécu et invisible, comme autant de traces laissées par le passé. Ici, le texte, la littérature et les récits cherchent à sortir du livre, et à s’exposer sous forme d’installations.


Dans la poussière, je suppose
La publication est l’élément central de l’exposition. Ce livre se présente comme une archive retrouvée, inspirée d’une histoire ayant hanté l’enfance du narrateur.
En s’inspirant de la structure du conte oral, de l’histoire racontée autour du feu et du cinéma d’horreur, se construit un récit où des vérités d’adulte se dissimulent derrière la fiction, pour mieux s’adresser aux enfants.
Mais loin de s’effacer, cette histoire revient hanter le narrateur des années plus tard.
Cette publication est aussi une œuvre visuelle où dialoguent différents récits et graphisme.

Le rythme du texte est aussi soutenu par la mise en page.
Les images d’archives se substituent aux mots et inversement.


La seconde partie du livre interroge le processus créatif, la force de l’archive, et la frontière entre fiction et réalité.
Elle se présente dans une typographie et une impression d’images rouges. Le sens de lecture s’inverse. La lecture devient alors une boucle comme l’est le rythme d’un cauchemar qui ne se finit jamais et se répète sans cesse.

Des références culturelles, des extraits de journaux et du cahier de recherches pour l’exposition sont partagés à l’intérieur de cette deuxième partie.

Le livre s’expose comme le résultat du processus créatif, posé sur un monticule de mâchefers. Ce résidu issu de la fusion des métaux évoque la destruction d’objets solides, et le retour à la poussière. Le livre questionne la genèse de la création : de la réflexion à la finalisation.

Hantise de la création, la Main-Araignée
Une créature informe, étrange, sortie tout droit d’un cauchemar, se dirige vers l’œuvre, dans un mouvement rapide et inquiétant. Elle incarne les angoisses du créateur : doute, peur, vertige financier, le vide, solitude, manque de soutien, rupture, vols des idées et conflits.

Détails de l’application brute au plâtre. Les traits sont une référence au tissu musculaire fibreux, et les plis à la peau qui s’affaisse. Certaines parties de l’installation évoquent une structure osseuse.


La chambre
Ce qui se voit à l’extérieur ne se perçoit pas toujours à l’intérieur.
Cet espace hybride, entre sanctuaire et chambre, abrite un lit solitaire recouvert d’un drap bleu marine en satin. Une phrase y est inscrite, comme une prise de note rapide, une incantation contre le mauvais sort, l’angoisse qui nous traque jusque dans l’intime.
Ici se croisent ce qui se rattachent aux pensées les plus banales (factures, organisation, achats, etc.) et des obsessions plus profondes (rupture, violence, errance numérique).


Hantise de la création, le Ver
Un ver géant veille. Il garde l’instant de création, entretient la hantise, s’oppose au visiteur venu troubler cette intimité. Ambivalent, il peut être à la fois bienveillant et oppressant, reflet du processus créatif lui-même : entre protection et asservissement.

Détails de l’application brute au plâtre. Les traits sont une référence aux fluides, à ce qui coule et ce qui colle.

Mémoire-archive
L’écriture visuelle est une pratique détachée des règles de la calligraphie et du graphisme, prônant une écriture libre où les mots remplacent l’image. Seules la couleur et la ligne interviennent comme éléments graphiques, cette dernière étant à la fois un prolongement et composante de la lettre elle-même.
Itinéraires
Série de poèmes et de courts textes inspirés d’expériences à Berlin, articulés autour de trois axes :
Le cinéma et ses résonances sur l’actualité ;
Les lieux marqués par l’Histoire de la ville ;
Le sentiment de liberté et d’amour que Berlin semble offrir.
Chaque œuvre suit un tracé continu en transports publics (U-Bahn, tram, S-bahn), en pointillé (à pied) ou en traits-pointillés (vélo), reliant le lieu de vie à la destination.
Transferts
Tentative de reproduire une photographie de la mémoire : trois souvenirs marquants, fragments de mots qui se croisent et se complètent, composant une image visuelle d’un événement existant uniquement dans l’esprit.
Pensées intrusives
Des mots se répètent, parasitent l’esprit, perdent leur sens, leur ordre, leur taille. Une œuvre-brouillard, un vortex qu’il suffirait de briser pour en sortir.

Toutes les œuvres d’écritures visuelles se trouvent sur le catalogue de ce site.
Lieu : Espace Caran d’Ache, Plateforme 10
Graphisme Dans la poussière, je suppose : dirtygraphik / Samuel Schmidt
Assistante à la création : Saskia Wichert
Merci à José et Fabian Branas, Jon, Anaïs, Arnaud et Cyril pour leur aide.
Photos © Sacha Chillier